Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies notamment pour réaliser des statistiques de visites, pour vous proposer des services et des offres adaptés à vos centres d'intérêts, ainsi que des services de partage et pour optimiser les fonctionnalités du site.
Pour en savoir plus sur la protection de votre vie privée et paramétrer les traceurs.

 
1 /extension/smb/design/smb Rechercher
Fermer

Architecture, un autre regard sur nos stations

Tranquillement posés sur un télésiège, nous prenons parfois le temps de regarder les bâtiments qui nous entourent. Au-delà des goûts et des styles, ils sont un élément précieux de l'histoire de la station, une mémoire de l'époque et des hommes qui l'ont façonnée. Retour sur un siècle d'aménagement des stations de sports d'hiver en Savoie Mont Blanc, marqué par d'importantes évolutions architecturales et la personnalité des professionnels qui les ont apportées.

Toits en lauze, petites résidences mêlant pierre et bois, harmonie d'un village au style unique : la station des Arcs 1950 est la dernière à être sortie de terre en Savoie Mont Blanc, en 2003, sur un site complètement vierge. L'architecture du projet, porté par un groupe canadien, n'a pourtant pas pleinement convaincu, certains voyant un côté un peu surfait dans cette ambiance "village savoyard" aux accents pas tout à fait locaux, "inspirés majoritairement de villages perchés du Luberon", souligne David Dereani, guide-conférencier à la Fondation Facim.

 

A l'image de cette station de cinquième génération, l'histoire de nos destinations de sports d'hiver est marquée par des évolutions et des innovations architecturales, des choix parfois audacieux, diversement compris et appréciés. Portés par des hommes et des femmes de caractère, dans des contextes et des périodes variés, ces projets sont autant d'aventures qui constituent notre patrimoine alpin.

Centre de la station des Arcs 1950

Megève à la tombée de la nuit

Entre-deux-guerres : Hôtels, chalets du skieur et initiatives privées

Après les débuts du ski à Chamonix, c'est vers Megève que se tourne la jet-set française à la fin de la première guerre mondiale, renonçant à skier en Allemagne et en Autriche. L'installation de la famille Rothschild dans la station marque le début d'une ère : "On ne souhaite plus loger chez l'habitant, dans les pensions, mais construire pour soi", explique Arnaud Dutheil, directeur du Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement (CAUE) de Haute-Savoie.

L'architecte Henri-Jacques le Même dessine pour la famille, en 1926, son premier chalet du skieur, créant une typologie qui marquera la montagne. A l'extérieur, ce chalet a l'aspect d'une ferme du pays. L'intérieur est moderne, confortable. 


Pendant cette période, en Savoie, la station du mont Revard est créée au-dessus d'Aix-les-Bains, alors que le village de Val d'Isère découvre le potentiel de son domaine skiable : de petits hôtels y naissent, tout comme à Peisey, Pralognan-la-Vanoise, Valloire ou Arêches.


Arêches-Beaufort
Le Hameau des Fontanettes - Pralognan-la-Vanoise
Village et télécabine du crêt de la Brive vu des pistes du Crey du Quart

1945 : Le pari des sports d'hiver... et des stations skis aux pieds

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'appuyant sur les conclusions de la "mission 1942" chargée d'étudier les sites potentiels pour l'installation d'une station, notamment au sein des Trois Vallées, le Conseil Général de la Savoie s'investit dans la vallée de Saint-Bon, une première étape avant l'aménagement de la vallée des Belleville et la liaison des Trois Vallées. En 1946 naît Courchevel 1850, première réalisation d'une station sur un site vierge. Construite sur les alpages des Tovets, elle est dessinée par l'architecte Laurent Chappis, originaire d'Aix-les-Bains. Rejoint par Denys Pradelle, l'architecte-urbaniste développe à Courchevel 1850 le concept d'hébergement skis aux pieds, qui sera un modèle pour les stations intégrées. Il apporte notamment le principe de la grenouillère, structurant l'arrivée des pistes et autour desquelles gravitent les habitations.

Village de Courchevel 1850 depuis Courchevel 1650

En Haute-Savoie, la dynamique est donnée par des promoteurs, qui apportent aussi leur caractère à l'ambiance et à l'architecture des stations en développement, au milieu des années cinquante. A Avoriaz, la famille Brémond confie la conception de la station à un jeune architecte parisien, Jacques Labro. Pour développer Flaine, son créateur, Eric Boissonnas, inspiré par les Etats-Unis où il vit, choisit de faire travailler l'un des grands architectes américains du XXe siècle, Marcel Breuer, aux côtés de Denys Pradelle et Laurent Chappis. L'objectif : apporter de la modernité et de la nouveauté, tout en proposant une architecture sobre sans multiplier les habitats pour une harmonie avec l'environnement.

Les lumières d’Avoriaz

Quand le plan neige fait fleurir les stations

Le processus s'accélère dans le cadre du Plan Neige, destiné à développer l'économie des stations de sports d'hiver au début des années soixante. Les stations intégrées dites de troisième génération se développent principalement sur la Tarentaise : La Plagne, dessinée par l'architecte Michel Bezançon à partir de 1961, Les Menuires en 1964 puis Les Arcs en 1968, où l'on retrouve la patte de Charlotte Perriand et Guy Rey-Millet. Un élan de modernisme, un besoin de concentration des hébergements permettant de laisser une large place aux domaines skiables poussent à construire des tours ou des immeubles tout en longueur. Massifs, les bâtiments s'intègrent toutefois à l'environnement, les formes épousent les pentes, certains toits descendent jusqu'au sol.

En Maurienne comme dans le Beaufortain, où l'accès au foncier est plus difficile, les stations se développent tout en restant dans l'esprit des stations-villages (Val Cenis Lanslevillard, Bonneval-sur-Arc, Bessans, Aussois...).

Lanslebourg, vue générale station village

Les Menuires
La Plagne, Aime 2000
Les Arcs 1600

Le retour de l'esprit village

Dans les années soixante-dix, le modèle des stations intégrées s'essouffle. L'aménagement commence à être pensé différemment, avec un retour à l'esprit village. En Tarentaise, Montchavin s'inspire de l'habitat traditionnel et Valmorel est construite ex nihilo, mais dans le style local, avec les matériaux du pays et une implication des acteurs locaux. La création de Sainte-Foy-Tarentaise, puis de La Tania, marque la fin des grands aménagements en Savoie, jusqu'à la naissance des Arcs 1950.

Et aujourd'hui ? "Dans les années 1990, le modèle de station à l'esprit novateur s'est paupérisé, estime Arnaud Dutheil, au CAUE de Haute-Savoie, et l'on a vu apparaître des produits plus marketés, inspirés de modèles canadiens par exemple. Mais depuis 2005, on assiste à un regain d'intérêt, une envie de se différencier, de retrouver son identité, son histoire".

Station de Sainte-Foy-Tarentaise, le front de neige et les pistes du bas du domaine

Archipels d'altitude : valoriser le patrimoine architectural

L'heure est à un nouveau questionnement architectural, une recherche de qualité et de créativité avec des matériaux comme le verre ou l'acier. "On retrouve l'idée que l'on peut proposer en montagne un habitat d'aujourd'hui, sans faire semblant d'être dans une ferme !"

En parallèle, depuis les années 1990, "certaines stations ont pris conscience de l'importance de ce patrimoine et de la nécessité de ne pas en laisser disparaître les traces" ajoute David Dereani. Un travail d'étude et d'inventaire a été mené à Grenoble sur les stations de Courchevel 1850, Megève, Les Arcs, Avoriaz, Flaine et Les Karellis. Certains sites remarquables sont depuis protégés au titre des Monuments historiques ou par le label Patrimoine du XXe siècle. 

Centre de la station La Tania skis aux pieds

Mais cette histoire se découvre aussi au travers de l'itinéraire Archipels d'altitude, proposé par la Fondation Facim autour de vingt-cinq sites. Les parcours permettent de voyager en compagnie d'un guide-conférencier de la station-village à la station intégrée, en voiture, à pied, en raquettes ou à skis. De quoi véritablement poser un autre regard sur les stations et prendre le temps de mieux les observer, tout en savourant les multiples plaisirs des sports d'hiver.

Véronique Buthod/YPM - Mag Emotions 15


Pour en savoir plus

  Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez gratuitement le magazine Savoie Mont Blanc